Le Musée de la Chasse et de la Nature a accueilli jusqu’en novembre 2024 l’exposition « La Chair du Monde », une rétrospective captivante de l’artiste argentine Tamara Kostianovsky. Pour la première fois en France et en plein cœur de Paris, cette exposition invite les visiteurs à explorer les thématiques liées à la chair, à la nature et aux relations entre les êtres vivants.
Sous le commissariat de Remy Provendier-Commenne (historien de l’art spécialisé dans l’orfèvrerie religieuse du XIXe siècle), cette exposition se déroule dans le cadre prestigieux de l’Hôtel de Guénégaud, datant de 1653.

Fig. 1 : Conception graphique : Passages / Photo : Théo Pitout, affiche de l’exposition, La chair du monde

Tamara Kostianovsky est une artiste argentino-étasunienne, née en 1974, travaillant aujourd’hui à New York. Elle expose pour la première fois en France en 2021 grâce à sa galerie, RX&SLAG, située à la fois à Paris et à New York. En 2024, elle bénéficie du soutien de l’AiR Arts – International Arts Research Residency – à l’Atelier 11 Cité Falguière, une résidence artistique renommée à Paris ayant accueilli des figures comme Modigliani, Brancusi, Gauguin ou Soutine (ce dernier y a peint ses célèbres carcasses).

Tamara Kostianovsky a grandi à Buenos Aires, où elle a découvert, dans le cabinet de chirurgie esthétique de son père, les dessous de la chair humaine : os, ligaments et textures internes se sont révélés à elle comme une nouvelle palette de couleurs. Cette expérience a profondément marqué son approche artistique.Lorsqu’elle commande des plumes pour une œuvre, elle reçoit un faisan mort – premier contact direct avec un animal sans vie. En le suspendant par les pattes, les ailes se déploient, créant une image saisissante qui évoque, selon l’artiste, une crucifixion. Dès lors, la chair devient une thématique centrale dans son travail. Elle explore ce trait commun à tous les êtres vivants – arbres, oiseaux, humains – qu’elle rassemble dans son exposition intitulée La Chair du Monde. À travers l’upcycling de vêtements, tissus et tapisseries, Tamara Kostianovsky crée des sculptures qui interrogent notre lien universel à la matière vivante, de manière tout à fait vraisemblable. Tout en assumant cette proximité avec les grands maîtres anciens, comme Rembrandt, et en créant une parenté flagrante, l’artiste se distingue en ajoutant des oiseaux qui prennent vie par exemple dans les bœufs écorchés.

Fig. 2 : Tamara Kostianovsky travaillant sur « Champignons de Paris » à l’Atelier 11 de la Cité Falguire © Laura Al-Gubori

Fig. 3 : Tamara Kostianovsky, Tropical Rococo, 2021 © RX&SLAG, Paris- NewYork, photographie de Théo Pitout

L’exposition  se déploie dans les trois étages du musée.


Le premier étage présente des œuvres contemporaines récemment créées lors de sa résidence artistique à Paris. Dans une ambiance intime, les visiteurs découvrent des pièces qui interrogent la violence exercée sur le paysage et le cycle de la vie et de la mort.
Le visiteur découvre un semblant de jardin botanique laissé à l’abandon, où les arbres sont abattus par des hommes. Cette salle montre la violence commise par l’homme contre la nature, induisant un cycle de renaissance.

Fig. 4 : Tamara Kostianovsky, Second Skin, Textiles recyclés sur bois, production pour l’exposition, 2024  © Théo Pitout

Au deuxième étage, les sculptures de carcasses de bétail, intégrées à la collection permanente du musée, jouent avec l’illusion de la vie : animées par des moteurs rotatifs, ces formes figées reprennent un semblant de mouvement, brouillant la frontière entre le réel et le faux. Vraie carcasse d’oiseaux de loin, lorsque le spectateur se rapproche, il peut distinguer le travail minutieux de la couture avec des tissus recyclés.

Le troisième étage aborde, quant à lui, l’histoire des motifs exotiques des papiers peints français, qui reflètent une nature façonnée selon une vision coloniale. Ces œuvres soulignent le caractère fabriqué et parfois dénaturé de notre représentation du monde naturel, amenant les visiteurs à interroger le vrai et le faux dans notre relation aux paysages que nous croyons si bien connaître.

Cette exposition offre à l’artiste Tamara Kostianovsky un espace unique pour développer ses questionnements en profondeur, autour de la vie et de la nature. Ces œuvres appuient notre rapport au corps, choisissant des œuvres grandeur nature, mises en scène comme une vraie forêt, avec du faux lichen et des oiseaux qu’on entend presque chanter.

Fig. 5 : Tamara Kostianovsky, Becoming Native, 2022 © RX&SLAG, Paris – New York, photographie de Théo Pitout

« La Chair du Monde », rétrospective de l’œuvre de Tamara Kostianovsky
Sous le commissariat de Remy Provendier-Commenne
Musée de la Chasse et de la Nature
Du 23 avril au 3 novembre 2024.

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