Le CRAC Occitanie accueille, du 10 février au 12 mai 2024, l’anarchitecte italien Gianni Pettena. Réputé pour son rôle majeur dans le mouvement de l’architecture radicale, Pettena prône un retour aux sources dans son travail, favorisant une approche de l’architecture libérée et comparative.

Artiste, designer, critique, historien de l’architecture, enseignant, Gianni Pettena est issu de la scène florentine des années 60. En tant que figure emblématique de l’Architecture radicale en Italie, aux côtés de collectifs d’architectes tels que Archizoom, UFO et Superstudio, il explore de nouvelles voies pour l’architecture en prônant un retour à l’environnement, à l’histoire des bâtiments et à leur contexte.  L’Architecture radicale (1965-1975) naît en Italie, par l’initiative d’architectes. Lors de la Seconde Guerre mondiale, Florence est totalement dévastée par les bombardements. La ville doit être reconstruite. Suite à ces nouvelles constructions, les architectes radicaux remettent alors en question les principes fondamentaux de l’architecture contemporaine, l’individualisme en particulier, en recherchant de nouveaux procédés. Architecture utopique, minimale, autour du partage, les architectes radicaux proposent alors des bâtiments pouvant se répéter à l’infini, modelable et renouvelable.

Né en 1940 à Bolzano en Italie, Gianni Pettena entreprend ses études d’architecture à Florence dans les années 60. Par la suite, il part aux États-Unis pour poursuivre ses études dans ce domaine ainsi que dans l’art et le design. La diversité pédagogique et culturelle issue de ces formations se reflète dans son travail, créant une interconnexion entre les disciplines. Pettena encourage constamment ses étudiants à explorer d’autres domaines tels que l’art, le cinéma, le théâtre et la poésie.

En réévaluant les principes fondamentaux de l’architecture, Gianni Pettena critique les approches qui négligent l’importance de la nature, de l’environnement et de l’histoire dans leur implantation. Il estime que l’architecte doit envisager des formes alternatives d’habitation, remettant ainsi en question les modèles établis, choississant de travailler avec des matières naturelles, comme la terre, le vent, la paille et l’eau.

Gianni Pettena scrute la nature avec une attention particulière afin de redécouvrir les origines de l’architecture. En interagissant avec des espaces déjà existants, il exprime une volonté de modifier ce qui existe déjà, établissant ainsi un lien direct et une intention de transformation. Son approche présente un retour aux sources, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles générations d’architectes, tout comme dans son installation architecturale Forgiving Architecture de 2009.

Gianni Petenna, Forgiving Architecture, protocole, installation, 2009, © Gianni Pettena

Pour retrouver les racines de l’architecture, Gianni Pettena adopte une approche qui consiste à observer, découper, remplacer et ajouter, des gestes simples mais qui ont un impact significatif sur la réalité. Par exemple, dans l’exposition au CRAC Occitanie, les visiteurs sont invités à découper des larges bandes de papier suspendues au plafond, pour se frayer un chemin. 

Ces actions remettent en question nos perceptions standardisées et introduisent des images éphémères, critiques et utopiques. À travers cette démarche, Pettena forge une architecture libre et idéalisée, avec pour objectif de libérer l’homme des contraintes imposées par les constructions architecturales.

Vues de l’exposition « Anarchitecture » de Gianni Pettena, Crac Occitanie – Sète, 2024. « Paper (Midwestern Ocean) », 1971. Papier kraft blanchi. Collection 49 Nord 6 Est – Frac Lorraine, © Aurélien Mole. Documents : photographies noir et blanc et couleurs, © Gianni Pettena

L’architecture Pettena-Arnolfo illustre parfaitement ce retour aux sources, tout en proposant un modèle architectural urbain total. Ici, l’adjonction réalisée par Pettena peut être appliquée à n’importe quel autre lieu, et peut être répétée éternellement. Imaginer un avenir où l’architecture serait produit par un même acte et un même dessin, voici la véritable pensée des architectes radicaux.

Gianni Petenna, Dialogo Pettena-Arnolfo « Scénographie de l’exposition Prix Masaccio, San Giovanni Valdarno, 1968, Colmatage extérieur des portiques du Palazzo Communale : bois, papier, goudronné noir et papier d’aluminium. Durée : deux mois. Documents : photographies noir et blanc et couleurs, © Gianni Pettena

Cette intervention de Gianni Pettena sur l’architecture de la Renaissance, attribuée à Arnolfo di Cambio, constitue une confrontation entre le passé et le présent pour l’artiste. Choisissant de mettre en avant la façade du palais, Pettena opte pour la fermeture des vides des galeries, tels que les fenêtres et les portes, en les décorant de motifs muraux. Cette action vise à valoriser le dessin et les volumes de la façade. La dissimulation des espaces vides influence notre perception du bâtiment, permettant au spectateur de le percevoir de manière uniforme et continue. En fermant ces espaces, Pettena crée ainsi un nouvel espace d’exposition :  « Le résultat qui a été visé, c’est la dévitalisation du portique. Alors qu’à l’intérieur, la simplicité du noir était un instrument suffisant pour susciter un rapport abstrait entre l’oeuvre et le mur, elle n’apparaissait plus suffisante à l’extérieur pour fournir l’habituelle profondeur obscure. On leva l’équivoque en donnant à la surface extérieure une étrange théâtralité qui ne permettait aucune sorte d’aparté avec le langage de la Renaissance »1.  

Gianni Petenna, Ice House, 1971, photo installation Minneapolis (Etats-Unis), 2003, 70 x 100 cm, © Gianni Pettena

Bibliographie

Brayer Marie-Ange, Fonds régional d’art contemporain, Gianni Pettena, Orléans, Hyx, 2002. 

Cerizza, Luca, Gianni Pettena : 1966-2021, Milan, Mousse Publishing, 2020

Pettena, Gianni, Tutto, tutto, tutto… o quasi = Absolutely everything… or almost, Macerata, Quodlibet, 2022.

  1.  Brayer, Marie-Ange, Fonds régional d’art contemporain, Gianni Pettena, Orléans, Hyx, 2002, page 128. ↩︎

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