Retour sur l’exposition « Ambre, Trésors de la Mer Baltique du XVIe au XVIIIe siècle » à la galerie Kugel, présentant un ensemble important d’objets en ambre et évoquant la naissance du collectionnisme et des cabinets de curiosité dans les grandes cours européennes.
La galerie Kugel ouvre ses portes pour une nouvelle exposition « Ambre, Trésors de la Mer Baltique du XVIe au XVIIIe siècle » qui se tient du 18 octobre au 16 décembre 2023. Il s’agit de la première grande exposition de la galerie depuis leur dernière, en 2018, « Complètement piqué, le fol art de l’écaille à la Cour de Naples », traitant de l’art du « piqué », une technique d’incrustation combinant la nacre, l’or et l’écaille. Par ailleurs, l’an passé, la galerie a choisi de rendre hommage à Hubert de Givenchy, alors que sa collection était dispersée chez Christie’s1. Toujours animée par cette volonté de mettre à l’honneur des techniques et des matériaux, la galerie choisit de mettre en avant l’ambre.
L’ambition pédagogique de l’exposition est affirmée dès la première salle, dont les cartels explicatifs permettent de restituer les connaissances que l’on a sur cette matière, et surtout les légendes qui l’entourent. En effet, dans l’impossibilité de déterminer son origine, des scientifiques romains l’ont confondu avec du sperme de baleine ou de l’urine de lynx solidifiée2. La présentation d’une étrange inclusion d’insecte au sein d’un morceau d’ambre vient justifier le symbole d’immortalité qui lui est couramment associé. L’existence d’une « route de l’ambre » est avérée grâce à la découverte d’objets sur l’ensemble du pourtour méditerranéen et en Asie3. Ce commerce de l’ambre confirme la présence d’une demande d’objets dans cette matière et de l’intérêt pour celle-ci au sein des plus grandes cours royales du monde.
Tout comme les princes allemands de Prusse au XVIIe siècle, le visiteur peut se laisser séduire par cette matière capable de figer la vie. C’est en 1757 qu’un scientifique russe, Mikhail Lomonossov (1711-1765), retrace l’origine de l’ambre : une résine fossilisée issue d’une forêt ancienne de 30 à 50 millions d’années, actuellement sous la mer Baltique entre la Pologne et la Russie4. Cette région relève du duché de Prusse, crée par le grand maître Albert de Brandebourg-Ansbach (1490-1568), qui signe un contrat assurant le monopole de l’extraction de l’ambre à un marchand de Dantzig, Paul Jaski5. Cette action permet le développement économique de la production d’objets en ambre. L’exposition propose de plonger dans l’atmosphère des grands cabinets de curiosité européens, les wunderkammer, qui apparaissent au XVIe siècle. Les grands électeurs prussiens, tels que Frédéric Guillaume (1620-1688) et Frédéric III (1657-1713), en font des cadeaux diplomatiques. C’est ainsi que la célèbre chambre d’ambre du palais de Tsarskoïe Selo en Russie est offerte par Frédéric Guillaume à Pierre Le Grand, lors de sa visite au château de Berlin, alors résidence du roi de Prusse. D’abord installée à Saint-Pétersbourg, cette chambre composée de panneaux de marqueterie est ensuite transportée dans le second palais mentionné. Toutefois, cette création est démontée par les soldats allemands lors de leur occupation des territoires russes et se trouve aujourd’hui disparue, probablement détruite depuis 1945.

L’unique photo en couleur connue de la Chambre d’ambre, prise en 1917, au Palais de Tsarskoïe Selo, près de Saint-Petersbourg. ©Domaine public.
L’exposition de la Galerie Kugel ramène le visiteur au cœur de ces cabinets de curiosité, aussi intimes que luxueux. Les choix muséographiques permettent de se rendre compte de la transparence et de la variété de coloris qu’offrent cette matière délicate. Les objets sont tapis dans l’ombre discrète des salles d’exposition et sublimés par des sources intenses de lumière. Cette théâtralisation des pièces fait jouer les incisions logées dans la profondeur de l’ambre.


À gauche, coffre double par Michel Redlin, Dantzig, vers 1680, Ambre, ivoire et laiton doré – À droite, chope attribuée à Jacob Heise, Königsberg, vers 1650-1660, ambre et argent doré.
Le parcours offre à voir un ensemble d’objets cohérent dont l’apport scientifique se pérennise dans la publication d’un catalogue qui l’accompagne, célébrant l’union entre un marché de l’art curieux et une recherche en histoire de l’art active.
- Vente « Hubert de Givenchy Collectionneur » s’est tenue en juin 2022. La collection a été dispersée au cours de quatre ventes aux enchères et ont réalisé un bénéfice total de 118,1 millions d’euros. ↩︎
- Informations contenues dans les cartels de l’exposition, également renseignées dans la présentation digitale de l’exposition directement sur le site internet de la galerie : https://www.galeriekugel.com/expositions/ambre/ ↩︎
- Informations contenues dans les cartels de l’exposition. ↩︎
- Informations contenues dans les cartels de l’exposition. ↩︎
- Informations contenues dans les cartels de l’exposition. ↩︎
« Ambre, Trésors de la Mer Baltique du XVIe au XVIIIe siècle »
à la galerie Kugel, 25 quai Anatole France, 75007, Paris.
du 18 octobre au 16 décembre 2023






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