Notre collectif entame son histoire avec une somme d’écrits sur le thème du portrait. Nos différentes spécialités, art antique, médiéval, moderne ou contemporain, nous font explorer des temps et des géographies où la représentation de l’autre, donc tout autant celle de soi-même, prend des formes et des fonctions diverses. Donnons la parole aux œuvres1, aux artistes, aux historiens pour mettre en lumière l’infini complexité d’un genre.
Comment représenter l’autre, c’est-à-dire celui qui est absent ?
Telle pourrait être la question sous-tendue par le concept de portrait. Diverses réponses artistiques ont été formulées au fil du temps. Des portraits impériaux ultra codifiés de la Rome antique, où un prototype avait valeur d’image officielle — le nombre et la courbure des mèches de cheveux étant rigoureusement respectés dans chaque reproduction — on ne connaîtra jamais la part de ressemblance à la personne réelle, et la part d’idéal. Des portraits de l’Époque moderne, qui permettent, dans un humanisme naissant, la mise en avant de l’individu, on découvrira tout autant la volonté vériste, parfois scientifique, que la promotion des élites qui sont parées d’attributs les glorifiant. Les artistes contemporains, on le concèdera, s’émancipent de certains codes et proposent de nouveaux regards sur la personne ; il ne s’agira plus seulement de représentation des visages mais aussi de la définition d’une personnalité au travers d’objets, de souvenirs, de vêtements, de témoignages… Plus encore, nous percevrons l’autre au travers de son effacement, car il est des personnalités si fortes que leur absence les définit encore. Le portrait ne se limite plus à la ressemblance plastique, il se lit dans le regard du spectateur.
Le balancement entre ressemblance et idéal, pourrait caractériser le portrait dans le mode de représentation réaliste, tel que l’a défini Philippe Descola. Or ce dernier a montré, dans La Fabrique des images, que les modes de représentation de l’Autre varient selon la cosmogonie environnante.
Finalement, toutes les modalités de représentation de l’autre sont portées par une seule et même antagonie : celle du balancement entre présence et absence. Jean-Luc Nancy définit le portrait dans cet entre-deux :
« [Le portrait] est la présence de l’absent, une présence in absentia qui n’est donc pas seulement chargée de la reproduction des traits, mais de présenter la présence en tant qu’absente : de l’évoquer (voire de l’invoquer) et aussi d’exposer, de manifester le retrait où se tient cette présence. »
- Le nom même de notre collectif meFecit, reprend l’idée d’une œuvre qui parle et désigne son faiseur, à l’exemple du sculpteur des chapiteaux de la tour-porche de l’abbaye de Fleury, à Saint Benoit-sur-Loire, qui inscrit dans la pierre « Umbertus me fecit » [Umbertus m’a fait]. ↩︎
Un méta-autoportrait, ou un autoportrait universel : Représenter le temps selon Roman Opałka
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